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La racine de ginseng, tout premier trésor de la Nutra ?

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La racine de ginseng, tout premier trésor de la Nutra ?
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Ce qu'il faut retenir :

  • Depuis plus de 4000 ans, les bienfaits du ginseng traversent les époques et les frontières.
  • Plante convoitée et devenue rare, son marché est désormais très encadré.
  • Aujourd’hui, ses effets cliniquement documentés font du Ginseng un incontournable de la Nutra.

Incontournable en médecine traditionnelle asiatique depuis des millénaires, les empereurs l’employaient pour tout guérir. Cette « racine homme » (son nom en dialectes chinois et coréen) représente l’une des plus anciennes plantes médicinales et est aujourd’hui utilisée à travers le monde entier. Sa réputation en tant que remède universel n’est plus à faire : l’Organisation Mondiale de la Santé reconnaît comme “cliniquement établi” son usage pour tonifier les organismes affaiblis, elle serait à l’origine du terme « adaptogène » qualifiant les substances aidant l’organisme à faire face à tout type de stress, et fait partie de la famille des nootropiques* bénéfiques aux fonctions cognitives. Entrée dans l’univers du ginseng.

De la mythique racine d’Orient…

Le ginseng est connu et consommé en Chine depuis plus de 4 000 ans. D’autres historiens révèlent sa présence dans les Vedas, textes sacrés indiens datant de plus de 5 000 ans… Tous s’accordent cependant sur un fait incontestable : sa rareté. Depuis la nuit des temps, il se négocie très cher. Pour preuve, l’empereur chinois Liang (502-557) en réservait son usage, à lui et sa famille. Lui seul autorisait certains notables à en consommer, mais pas à n’importe quel prix : un gramme d’or pour un gramme de ginseng ! De nombreux hommes ont alors risqué leur vie pour devenir le fournisseur officiel de cette racine miracle auprès de l’empereur. Les emplacements découverts dans les forêts et les sous-bois étaient transmis de père en fils, comme le plus précieux des secrets.

…à l’engouement de l’Occident

Le premier européen à avoir mentionné le ginseng serait Marco Polo (1254-1324), aventurier italien célèbre pour son voyage en Chine, qu’il raconte dans son livre Devisement du monde ou Livre des merveilles (1). Deux histoires, relevant plus du miracle que de preuves scientifiques, illustrent ensuite l’introduction du ginseng en Occident, et sa solide réputation. La première, en 1711, celle du Père Jartoux, missionnaire jésuite en Chine, qui, à l’article de la mort, consomma du ginseng et fut guéri. Il écrivit alors au roi (Louis XIV) pour vanter les bienfaits de cette plante. La lettre arriva deux ans plus tard (2), et confirma l'enthousiasme de Louis XIV qui, séduit par les effets aphrodisiaques de la racine offerte par le roi de la Thaïlande en 1713, déclara à la cour continuer à avoir des relations intimes grâce à sa consommation de ginseng (1). Parallèlement, les médecins hollandais commencèrent à utiliser le ginseng, accompagné de la mention « interdit aux jeunes gens et aux personnes de constitution chaude car il allume le sang ». En 1818, le ginseng asiatique fut inscrit à la Pharmacopée française, et c’est en 1843 que Carl Anton Meyer, botaniste et explorateur allemand, identifie précisément la plante et lui donne son nom : Panax ginseng C. A. Meyer (3).

L’objet de toutes les attentions

A l’époque déjà, les empereurs chinois faisaient venir du ginseng sauvage de Koguryo, ancien royaume de Corée. C’est donc sans surprise que le plus réputé est essentiellement cultivé en Corée. Pour se faire, il faut compter au moins six années pour atteindre la maturité du rhizome. Une culture qui nécessite beaucoup de soins et un temps de jachère entre deux récoltes. Pas étonnant que son prix soit élevé. Aujourd’hui, son succès et la déforestation sont à l’origine de sa raréfaction. Conséquence : le ginseng est fortement encadré par l’État sud-coréen, et depuis 2009, la Korea Food and Drug Administration (l’équivalent de notre ANSM, Agence Nationale de la Sécurité des Médicaments) exige des producteurs de préciser la teneur en composés actifs (ginsénosides) si ce dernier est destiné à un usage en Nutra. En effet, auparavant seul le taux de saponines était affiché (famille-mère des ginsénosides), ce qui laissait la place à une possible adultération par d’autres végétaux moins chers.

Les ginsénosides, pépites d’efficacité

Ce sont donc précisément les ginsénosides qui sont responsables des propriétés antioxydantes et stimulantes (4), (5) et (6) du ginseng. Une distinction est par ailleurs faite entre les ginsénosides classiques et ceux dits “nobles” ou “rares”. Ces derniers sont plus actifs car mieux assimilés, autrement dit plus biodisponibles. Lors de la préparation traditionnelle coréenne, les racines de ginseng récoltées sont légèrement étuvées pour obtenir le ginseng dit rouge. Outre le passage du blanc au rouge, les ginsénosides se transforment également en ginsénosides rares. Cette méthode permet donc de conserver mais aussi de “potentialiser” le ginseng. Fait intéressant : comme pour beaucoup d’autres actifs naturels, les bactéries intestinales terminent le travail en transformant certains ginsénosides en ginsénosides nobles et ainsi augmentent leur bioactivité. Une chose est sûre, après 4 000 ans d’usage traditionnel et plus de 10 000 travaux scientifiques, qu’il soit blanc ou rouge, en Nutra, ou tout simplement en poudre, le ginseng et ses bienfaits n’ont pas fini de fasciner !

Références

(1) Ginseng : mille ans de bienfait (Alpen). M. Serrand, 2005
(2) Lettre du père Jartoux, 12 avril 1711, Lettres édifiantes et curieuses concernant l’Asie, l’Afrique et l’Amérique
(3) Botanique systématique et appliquée des plantes à fleurs (Lavoisier). M. Botineau, 2010
(4) Panax ginseng. D. Kiefer and coll. Am Fam Physician. 2003
(5) Ginseng pharmacology: multiple constituents and multiple actions. A. S. Attele and coll. Biochem Pharmacol. 1999
(6) Use of ginseng in medicine with emphasis on neurodegenerative disorders. K. Radad and coll. J Pharmacol Sci. 2006

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