Compléments alimentaires et effets indésirables

Les compléments alimentaires sont généralement bien tolérés lorsqu'ils sont pris à la dose recommandée. Ces compléments alimentaires doivent avant tout permettre de compléter une alimentation saine et pallier certaines carences de vitamines ou de minéraux. Des effets indésirables peuvent parfois survenir : troubles digestifs, réactions allergiques, interactions avec un médicament ou, plus rarement, atteintes du foie. Dans la plupart des cas, ils s'expliquent par un surdosage, un cumul de produits ou une situation personnelle à risque (grossesse, traitement en cours, maladie chronique).
Voici ce qu'il faut savoir pour limiter ces risques, et que faire si vous ressentez un effet indésirable.
Qu’est-ce qu’un complément alimentaire ?
Un complément alimentaire se définit comme une denrée alimentaire dont l'objectif est de compléter un régime alimentaire normal. Ce complément alimentaire, que l'on retrouve également sous le nom de supplément alimentaire, se présente sous la forme de dose conditionnée sous forme de gélules, de comprimés, d'ampoules ou encore de poudre. Le complément alimentaire est une source concentrée de nutriments et d'autres substances qui, combinée à une alimentation normale, possède des effets nutritionnels ou physiologiques sur son consommateur.
Son but n'est pas de remplacer une alimentation saine, mais bien de la compléter. Sur le plan réglementaire, c'est une denrée alimentaire et non un médicament. Il n'a donc pas vocation à prévenir, traiter ou guérir une maladie. Il permet de pallier un manque ponctuel en nutriments par rapport aux valeurs nutritionnelles de référence (VNR).
Ce statut bien particulier lui permet alors d'être commercialisé hors pharmacie et ne demande aucune prescription ou ordonnance médicale pour être acheté (hormis certains cas spécifiques). Cependant, l'avis d'un médecin est parfois indispensable dans certains cas de figure, notamment pour les personnes suivant un traitement médical.
Le complément alimentaire : une denrée à consommer avec certaines précautions
Bien que le complément alimentaire possède le statut de denrée alimentaire, sa consommation n’est pas anodine et doit demander certaines précautions. En effet, à l’image de certains aliments, il est indispensable d’avoir certains réflexes pour que ceux-ci ne se révèlent pas mauvais ou contreproductifs pour notre santé.
Il est donc essentiel de suivre les instructions de la notice d'emploi et de ne pas dépasser la dose journalière indiquée, pour éviter tout surdosage.
De la même manière, il est conseillé de demander conseil à son pharmacien ou son médecin avant de commencer une cure de compléments alimentaires.
Surdosage : la première cause d'effets indésirables
La durée d'une cure dépend de l'actif et de vos besoins. Suivez les indications de l'étiquette ou demandez conseil à un professionnel de santé. Le principal risque vient souvent du cumul : prendre plusieurs compléments qui contiennent le même ingrédient peut faire dépasser le seuil de sécurité sans qu'on s'en rende compte.
Pour de nombreux micronutriments, l'EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) fixe une limite supérieure de sécurité : l'apport quotidien maximal qui, pris sur le long terme, est peu susceptible de provoquer des effets indésirables [4]. Un complément dosé sous ce seuil reste sûr, à condition de ne pas l'associer à d'autres produits qui contiennent les mêmes actifs.
Au-delà de ces seuils, et sur une période prolongée, les effets possibles sont les suivants :
- Vitamine A : toxicité pour le foie ;
- Vitamine D : excès de calcium dans le sang (hypercalcémie), avec un risque de calculs rénaux ;
- Vitamine B6 : atteinte des nerfs périphériques (fourmillements, engourdissements) ;
- Fer et magnésium : troubles digestifs (nausées, diarrhée).
Quels risques ou danger en cas de surdosage de vitamines ?
Les vitamines A et D sont liposolubles et se stockent dans l'organisme. Ce sont les deux vitamines dont l'excès pose le plus de problèmes. Un excès de vitamine A peut atteindre le foie et est à éviter pendant la grossesse. Un excès de vitamine D peut provoquer une hypercalcémie, avec un risque pour les reins.
Les vitamines hydrosolubles (groupe B et C) sont en partie éliminées par les urines. La vitamine B6 prise à forte dose pendant plusieurs mois peut provoquer des neuropathies (fourmillements, engourdissements des mains et des pieds)[4]. La vitamine C à forte dose prolongée a été associée à un risque accru de calculs rénaux chez l'homme[11].
Chez l'adulte, les problèmes viennent surtout d'un excès prolongé. Chez le jeune enfant, un surdosage ponctuel peut suffire. L'ANSM a signalé des cas graves d'hypercalcémie chez des nourrissons après l'utilisation de compléments de vitamine D, et recommande de leur préférer des médicaments pour les enfants[7].
Excès de fer, de magnésium ou de zinc
Côté minéraux, chacun a son revers en cas d'excès. Un excès de fer irrite le système digestif (nausées, constipation, douleurs abdominales) et, sur le long terme, peut surcharger le foie. Il est particulièrement dangereux chez l'enfant en cas d'ingestion accidentelle, ces produits doivent donc rester hors de portée.
Au-delà de la dose conseillée, le magnésium pris en complément provoque surtout des diarrhées. L'EFSA a d'ailleurs fixé sa limite de sécurité à partir de cet effet, à 250 mg par jour en plus de l'alimentation[4]. Le zinc à forte dose peut donner des nausées et, sur plusieurs mois, réduire l'absorption du cuivre.
Quels effets indésirables ou danger avec les gummies ?
Les gummies ont un atout et un piège : leur goût de bonbon. Ce format plaisir donne facilement envie d'en reprendre, en particulier chez les enfants, et fait oublier qu'il s'agit d'une dose à respecter. Ils apportent aussi souvent du sucre ou des polyols dans les versions sans sucre, qui peuvent avoir un effet laxatif. La règle ne change pas : on s'en tient à la quantité indiquée, et on les garde hors de portée des plus jeunes.
Quels effets indésirables et pour quels compléments ?
Des effets indésirables rares
Les effets indésirables liés à la consommation restent relativement rares. Les effets secondaires possibles figurent en général sur la notice d'utilisation, mais pas systématiquement.
On peut parfois souffrir de certaines réactions allergiques (pour cela, consultez la liste d'allergènes du produit qui doit impérativement être inscrite sur l'emballage du produit, dans une police de caractères qui les distingue clairement des autres ingrédients, généralement en gras), de somnolences ou même parfois de suractivité. Des troubles intestinaux, des maux de tête et des ballonnements peuvent survenir dans certains cas.
Compléments alimentaires : principaux effets indésirables selon le complément
| Complément | Effets possibles en cas d'excès ou de mauvais usage | Personnes à risque |
|---|---|---|
| Vitamine A |
Atteintes du foie Risque pour le fœtus |
Femmes enceintes Cumul avec d'autres sources |
| Vitamine D |
Hypercalcémie Atteintes rénales[7] |
Nourrissons et jeunes enfants Cumul de produits |
| Vitamine B6 | Neuropathies périphériques[4] | Prise prolongée à forte dose |
| Fer |
Troubles digestifs Surcharge du foie Intoxication |
Enfants (ingestion accidentelle) Personnes en surcharge en fer |
| Magnésium | Diarrhées[4] | Insuffisance rénale |
| Zinc |
Nausées Baisse de l'absorption du cuivre |
Prise prolongée à forte dose |
| Curcuma (formes très assimilables) | Hépatites[6] |
Troubles des voies biliaires Traitements anticoagulants, anticancéreux ou immunosuppresseurs |
| Millepertuis | Interactions avec de nombreux médicaments[3] |
Toute personne sous traitement (dont contraception orale) |
| Mélatonine |
Maux de tête Vertiges Somnolence Troubles digestifs[5] |
Voir la section « Plantes et substances actives à surveiller » |
| Levure de riz rouge |
Douleurs musculaires Atteintes du foie |
Personnes sous statines Femmes enceintes[8] |
Les compléments cheveux, protéines et sport ont-ils des effets secondaires ?
Les compléments pour les cheveux, la peau ou les articulations obéissent aux mêmes règles que les autres, et leurs effets dépendent de leur composition. Beaucoup contiennent du zinc, de la biotine ou des vitamines du groupe B, qu'il faut additionner avec vos autres produits pour éviter le cumul. La biotine à forte dose peut aussi fausser certaines analyses de sang : signalez-la à votre laboratoire.
Côté sport, les protéines en poudre sont surtout source d'inconfort digestif (ballonnements, lactose pour les protéines de lait). Chez une personne en bonne santé, aucun risque pour les reins n'a été démontré aux apports habituels. En cas de maladie rénale, demandez l'avis de votre médecin. Les produits « pré-entraînement » et « brûle-graisses » contiennent souvent de fortes doses de caféine ou d'autres stimulants, responsables de palpitations, d'insomnie ou de nervosité, surtout en cas de cumul avec le café.
Peut-on prendre plusieurs compléments alimentaires en même temps ?
C'est possible, à condition de vérifier que les produits n'apportent pas le même nutriment. Une multivitamine associée à deux produits ciblés peut par exemple faire dépasser la dose journalière de vitamine D ou de zinc. Certaines associations demandent aussi quelques ajustements.
- Fer et vitamine C. La vitamine C améliore l'absorption du fer non héminique, celui des végétaux et de la plupart des compléments.
- Calcium et fer. Le calcium peut réduire l'absorption du fer pris au même moment. Prenez-les à des moments différents de la journée.
- Calcium et magnésium. Ils ne s'annulent pas et se concurrencent peu aux doses usuelles. Le calcium est mieux absorbé en prises de 500 mg maximum[10]. Une dose plus élevée gagne à être répartie dans la journée.
Si vous prenez plusieurs produits, un pharmacien peut calculer vos apports totaux.
Interactions entre compléments et médicaments
C'est un critère à ne pas prendre à la légère ! Deux points méritent votre attention : les interactions avec vos médicaments, et le cas particulier des plantes.
Les interactions médicaments-compléments les plus fréquentes
Certains compléments modifient l'effet d'un médicament, ou l'inverse. Les interactions les mieux documentées concernent les traitements suivants.
- Anticoagulants. La vitamine K peut réduire l'efficacité des anticoagulants de type AVK. Les oméga-3 à forte dose, le ginkgo ou le curcuma peuvent augmenter le risque de saignement.
- Antidépresseurs. Associés au millepertuis, ils exposent à un syndrome sérotoninergique[3].
- Contraceptifs oraux, antiépileptiques, antirétroviraux (VIH), immunosuppresseurs. Le millepertuis accélère leur élimination et peut réduire leur efficacité[3].
- Traitement de la thyroïde (lévothyroxine). Le calcium et le fer réduisent son absorption. Prenez-les à plus de 2 heures d'intervalle[9].
- Statines. La levure de riz rouge contient de la monacoline K, une molécule proche de ces médicaments, et ne doit pas leur être associée[8].
- Maladies auto-immunes. Les produits dits « immunostimulants » sont à éviter sans avis médical.
Si vous suivez un traitement, notamment un anticoagulant, ou si vous êtes enceinte, demandez l'avis d'un médecin ou d'un pharmacien avant de vous lancer dans une cure de compléments alimentaires.
Plantes et substances actives à surveiller
Plusieurs plantes et substances d'origine naturelle ont fait l'objet d'avis des autorités sanitaires. Outre le millepertuis et ses interactions, le curcuma a fait l'objet de cas d'hépatites, en particulier avec les formes à biodisponibilité augmentée (associées à la pipérine ou sous forme de micelles, par exemple)[6].
La mélatonine, utilisée pour le sommeil, est déconseillée par l'ANSES aux femmes enceintes ou allaitantes, aux enfants et adolescents, aux personnes épileptiques, asthmatiques, atteintes de maladies inflammatoires ou auto-immunes ou de troubles de l'humeur, aux personnes sous traitement et à celles qui ont besoin de rester vigilantes[5].
La levure de riz rouge est limitée à moins de 3 mg de monacolines par jour dans l'Union européenne, et déconseillée pendant la grossesse et l'allaitement, avant 18 ans, après 70 ans et avec les statines[8].
Est-ce bon de prendre des compléments alimentaires tous les jours ?
Certains compléments se prennent en cure, d'autres chaque jour sur une longue période, comme la vitamine D en hiver ou les oméga-3 quand l'alimentation en apporte peu. Leur intérêt est le mieux établi quand un besoin est identifié, par exemple un apport insuffisant, une grossesse ou un régime particulier. Multiplier les produits toute l'année sans besoin précis augmente le risque de cumul.
Cerveau Cœur
Os Immunité
Pourquoi certains médecins sont-ils réticents ?
Les réserves des médecins portent sur l'efficacité non démontrée de certains produits, sur la qualité variable d'une marque à l'autre et sur les surdosages ou interactions liés à l'automédication. Le marché est encadré par la DGCCRF, qui contrôle la conformité et la sécurité des produits, et par l'ANSES, qui surveille les effets indésirables via la nutrivigilance. Pour une vue d'ensemble des risques, consultez notre article les compléments alimentaires sont-ils dangereux ?
Que faire en cas d'effet indésirable ?
Signaler un effet indésirable
Si vous ressentez un effet indésirable après avoir pris un complément alimentaire, arrêtez la prise et parlez-en rapidement à votre médecin ou à votre pharmacien. Il pourra déclarer l'effet au dispositif national de nutrivigilance, géré par l'ANSES[1].
Vous pouvez aussi le déclarer vous-même sur le portail officiel signalement.social-sante.gouv.fr [2]. Conservez l'emballage, qui indique le nom du produit, son numéro de lot et sa composition. En cas de symptômes graves, contactez le 15 ou un centre antipoison.
Que dit l'ANSES sur les compléments alimentaires ?
L'ANSES analyse les signalements reçus par la nutrivigilance et publie des avis sur les produits en cause, notamment les suivants.
- Mélatonine (2018). Liste des populations et de situations pour lesquelles sa consommation doit être évitée ou soumise à un avis médical[5].
- Curcuma (2022). Cas d'hépatites, en particulier avec les formes à biodisponibilité augmentée[6].
- Vitamine D chez l'enfant (2021). Cas graves d'hypercalcémie chez des nourrissons. L'ANSES et l'ANSM recommandent d'utiliser des médicaments plutôt que des compléments[7].
- Levure de riz rouge. Effets indésirables proches de ceux des statines, qui ont conduit l'Union européenne à limiter les doses en 2022[8].
Vos questions, nos réponses
Nos experts répondent à toutes vos questions.
Les plus courants sont digestifs (diarrhée, nausées, ballonnements) et allergiques (éruptions cutanées, démangeaisons). Plus rarement, certains produits provoquent des maux de tête, des insomnies, des palpitations (stimulants) ou des atteintes du foie, qui font partie des effets graves signalés à la nutrivigilance.
La diarrhée fait partie des effets les plus fréquents. Elle est surtout liée à le magnésium au-delà de la dose conseillée, la vitamine C à forte dose, le fer, les polyols des gummies sans sucre et parfois les probiotiques en début de cure. Respecter la dose, prendre le produit pendant un repas ou fractionner les prises suffit souvent. Une diarrhée qui persiste justifie d'arrêter le produit et de consulter.
Les gélules et comprimés n'apportent pratiquement pas de calories, et les vitamines ne font pas grossir. Les produits caloriques sont les gummies sucrés, les poudres protéinées, les « gainers » destinés à la prise de masse et les compléments nutritionnels oraux.
Aux doses indiquées, une prise régulière est en général bien tolérée. Les problèmes apparaissent avec des doses élevées pendant plusieurs mois ou avec le cumul de produits, en particulier pour la vitamine A, la vitamine D, la vitamine B6, le fer et le zinc.
Un excès de vitamine A ou de fer, ainsi que certaines plantes comme le curcuma sous forme très assimilable ou la levure de riz rouge, peuvent provoquer des atteintes du foie[6][8]. Une fatigue intense, une jaunisse ou des urines foncées doivent faire arrêter le produit et consulter.
Sources et références scientifiques
- ANSES, La nutrivigilance : surveiller les effets indésirables des compléments alimentaires
- Santé.fr, Signaler un effet indésirable lié à un complément alimentaire ou à certains aliments spécifiques
- ANSM, Thésaurus des interactions médicamenteuses (millepertuis)
- EFSA, 2024, Overview on Tolerable Upper Intake Levels for vitamins and minerals
- Ordre national des pharmaciens, 2018, Compléments alimentaires contenant de la mélatonine : certaines populations doivent en éviter la consommation selon l'ANSES
- ANSES, Vigil'Anses n° 17, juin 2022, Curcuma ou curcumine dans les compléments alimentaires : des cas d'effets indésirables hépatiques
- ANSM, 2021, Vitamine D chez l'enfant : recourir aux médicaments et non aux compléments alimentaires pour prévenir le risque de surdosage
- Commission européenne, Règlement (UE) 2022/860 sur les monacolines de levure de riz rouge
- ANSM, Notice Levothyrox (interactions avec le fer et le calcium)
- NIH Office of Dietary Supplements, Calcium, Fact Sheet for Health Professionals
- Thomas LDK et al., « Ascorbic acid supplements and kidney stone incidence among men », JAMA Internal Medicine, 2013 [lien PubMed à ajouter]
- EUR-Lex, Denrées alimentaires destinées à des fins médicales spéciales (règlement délégué (UE) 2016/128)
Rédigé par l'équipe Nutri&Co et relu par Benjamin Dariouch
Benjamin Dariouch est Responsable valorisation scientifique & Expert nutraceutique chez Nutri&Co. Auteur de "L'Anti-inflammatoire décodé" (Eyrolles)
Notre équipe scientifique est composée de Diététicienne et Docteure en Sciences de la Nutrition, Ingénieur en Nutrition et Science des Aliments, Naturopathe.