Vitamine D : histoire d’une carence

Vitamine D : histoire d’une carence

4 minutes
Catégories : Nutrition
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Ce qu'il faut retenir :

  • La carence en Vitamine D est extrêmement répandue parmi la population, et ce depuis toujours.
  • Autrefois, les carences étaient traitées intuitivement par des aliments.
  • De nos jours, des déficits importants persistent parmi la population.

Vitamine D par ici, Vitamine D par là… Qui ne s’est pas fait prescrire un flacon de vitamine D pour son nourrisson dès son premier jour de vie ? Ou bien une ampoule de vitamine D au cours de l’hiver pour soi-même ? Tout le monde semble avoir besoin de vitamine D, des plus petits aux plus grands.

Quand manque de soleil peut rimer avec manque de vitamine D

La vitamine D est cruciale pour notre bonne santé, alors comment se fait-il qu’elle soit si rare dans nos apports ? D’ailleurs, vous êtes déjà sensibilisés à la question : lorsque les rayons du soleil apparaissent, le premier réflexe est de mettre ses avant-bras dans leur chemin pour « faire le plein de vitamine D ». C’est encore la meilleure façon d’en obtenir suffisamment car notre alimentation n’en regorge pas. Ah si ! Il y a bien un aliment-star qui en contient beaucoup : le foie de morue…

Carence en vitamine D : une première solution efficace mais « douloureuse »

L’histoire des symptômes liés à la carence en vitamine D date de l’antiquité. A cette époque étaient déjà observés des cas de rachitisme, maladie du squelette en croissance chez l’enfant. Si la vitamine D était totalement méconnue, son absence faisait déjà des dégâts de santé importants.

En France, dès le XIXème siècle, le docteur Armand Trousseau recommandait l’exposition au soleil, alors que Dale Percival, lui, prescrivait l’huile de foie de morue. On peut d’ailleurs collectivement le remercier, car en plus de sauver des vies à travers les siècles, sa petite astuce traumatisa de nombreux enfants « qui devaient grandir ». Ce remède savoureux fut la première forme de supplémentation orale en vitamine D [1].

« Huile de foie de morue : L'amer à boire. » Marc Escayrol

La vitamine D et les esquimaux

La consommation d’aliments riches en vitamine D dans certaines cultures a permis de retracer leur potentiel nutritionnel. Cette médecine, pouvant être qualifiée d’instinctive, fût aussi observée chez les Esquimaux. Ces derniers consommaient des foies de poissons ou de phoques crus, qui s’avéraient contenir de la vitamine D (tentés par l’expérience ?). Car en l’absence de soleil ils avaient adopté cette auto-thérapie [2]. Fascinant !

XXème siècle : la science fait enfin la rencontre de la vitamine D

Petit aparté mais dans la même lignée... Vous avez sûrement aussi entendu parler du scorbut ? Cette pathologie liée à la carence en vitamine C fût observée chez les marins lors de navigations longs cours entre le XVIème et le XXème siècle. Et c’est grâce aux jus d’agrumes qu’elle fût soignée !

Pour ce qui est du rachitisme causé par la carence en vitamine D, c’est en 1922 qu’Hariette Chick révéla dans une étude historique que la prise de lait entier et d’huile de foie de morue permettait de soigner le rachitisme chez des enfants malnutris de Vienne après la première guerre mondiale.

Plus précisément, l’activité́ antirachitique de l’huile de foie de morue fut prouvée au début du XXème siècle par les investigations d’Edward Mellanby. Elmer McCollum confirma un peu plus tard ces travaux et proposa le nom de « vitamine D » pour ce principe actif antirachitique. Après l'isolement de la molécule, elle put être synthétisée au milieu du XXème siècle [3].

La supplémentation en vitamine D, une recommandation (presque) universelle ?

Aujourd’hui, nous connaissons bien la vitamine D et son rôle dans le fonctionnement de notre organisme et notamment la santé osseuse [4]. Par chance, la science et les progrès techniques liés à la vitamine D ont tellement bien évolué que nous ne sommes plus obligés de prendre cet ancestral « shot » d’huile de foie de morue tous les matins. Surtout qu’elle contient aussi une grande quantité de vitamine A, pouvant être toxique si consommée en excès (notamment chez les femmes enceintes)... Si vous vous posez la question de l’intérêt de la supplémentation de nos jours, alors nous vous dirons que nous sommes très et surtout TROP nombreux à être déficients : et ce n’est pas nous qui l’affirmons, mais l’étude SU.VI.MAX qui a mesuré un apport alimentaire moyen trop faible en France [5]. Les raisons et les risques de ce manque sont d’ailleurs aujourd’hui parfaitement documentés [6].

Par conséquent, certaines autorités commencent à revoir à la hausse les apports journaliers recommandés, ou les doses maximales autorisées. Notamment en France, où les autorités énoncent une tolérance à 2000UI/jour*, pour une référence nutritionnelle pour la population (RNP) recommandée à 600UI/j chez l’adulte. Et il n’est pas du tout exclu que l’Europe suive les recommandations nord-américaines qui font suites aux dernières études et qui sont toutes à la hausse.

*UI : Unité Internationale

Publications

1.     Bacchetta, J.; Linglart, A. Pathologie phosphocalcique et osseuse de l’enfant; progrès en pédiatrie; Editions John Libbey Eurotext, 2015; Vol. 38; ISBN 978-2-7040-1463-7.
2.     Beaune, J.-C. LA PHILOSOPHIE DU REMEDE; collection milieux CHAMP VALLON, 1993; ISBN 2-87673-179-7.
3.     Wolf, G. The Discovery of Vitamin D: The Contribution of Adolf Windaus. J. Nutr. 2004, 134, 1299–1302, doi:10.1093/jn/134.6.1299.
4.     Jorge, C. Vitamin D – new insights into an old molecule. Port. J. Nephrol. Hypertens. 2019, 33, doi:10.32932/pjnh.2019.10.033.
5.     Etude SU.VI.MAX (SUpplémentation en VItamines et Minéraux Anti-oXydants), Dr S. Hercberg , 1994 -2003.
5.     Holick, M.F. Vitamin D Deficiency. N ENG J MED 2007, 357, 266–277.

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